Intempéries : le monde agricole a les pieds dans l’eau
Les régions Bretagne et Pays de la Loire, ainsi qu’une grande partie du sud-ouest de la France, battent un niveau record de cumul de pluies depuis le début de l’année. Pour les cultures et prairies, les conséquences sont diverses et parfois encore incertaines.
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Les images parlent d’elles-mêmes. Depuis plusieurs jours voire semaines, une partie de la France patauge dans l’eau. À l’ouest, certains territoires sont même totalement submergés par les crues de leurs fleuves ou rivières, conséquence d’un cumul de pluies exceptionnel depuis le début de l’année. En effet, selon les données de Météo France arrêtées au 19 février, l’Hexagone a reçu 36 jours consécutifs de pluie depuis la mi-janvier : un record qui n’avait pas été mesuré depuis 1959.
« On est vraiment dans une situation exceptionnelle avec des cumuls de pluie dans certains secteurs comme dans le Finistère ou autour de Bordeaux qui, en un mois, ont dépassé ce qui tombe normalement en trois mois dans les périodes d’hiver », a déclaré Météo France le 19 février, lors d’un brief à la presse du ministère de la Transition écologique.
Sensibilité du colza
Pour l’heure, difficile d’établir un diagnostic tant que l’eau reste dans les champs. Cela étant dit, il reste peu d’espoir pour les parcelles qui auront été totalement noyées durant plusieurs jours : « on va avoir un éclaircissement du peuplement en pailles », confirme un opérateur du sud-ouest. « Certaines parcelles de blés ressemblent à des rizières et seront certainement retournées », rapporte un autre technicien de la région montpelliéraine. Dans les marais vendéens, les blés durs semés tardivement seront eux aussi probablement détruits. Quant au colza, il s’agit dans certains secteurs de la culture qui « souffre le plus », en raison de son stade plus avancé et de sa plus grande sensibilité à l’hydromorphie. Enfin, d’importants dégâts sont constatés localement en fruits et légumes, en pleine terre comme sous serre. Face aux tempêtes Nils et Pedro, le ministère de l'Agriculture a assuré que le dispositif des calamités agricoles et l’indemnité de solidarité nationale seront mobilisés. La MSA a également indiqué « répondre présent. »
La plaine est moins inquiète pour les parcelles n’ayant subi que de l’engorgement : « les cultures d’automne ont été implantées dans de bonnes conditions pour cette campagne : on se dit que ça va éviter de perdre trop de pieds, que ça va aider à la résilience des cultures et au redémarrage », estime un opérateur breton. Jean-Charles Deswarte d’Arvalis le confirme : « à l’échelle nationale, la question aujourd’hui n’est pas la surface qui va être détruite, ni l’impact sur les potentiels de rendement. C’est plutôt que les agriculteurs ne peuvent pas intervenir ».
« Mieux stocker l’eau »
Désherbage, fertilisation azotée et soufrée, préparation des semis de printemps… Tout prend en effet du retard, avec des chantiers qui risquent de s’accumuler une fois les parcelles ressuyées. Possiblement, la fertilisation azotée devra être réévaluée : « si on avait X unités d’azote dans le premier horizon, il faut avoir conscience qu’aujourd’hui, potentiellement, elles n’y sont plus, estime Jean-Charles Deswarte. Il faudra peut-être aussi repenser le fractionnement », ajoute-t-il. Les agriculteurs devront aussi considérer le redoux des températures amorcé depuis mi-janvier : « à l’échelle d’un territoire, on peut avoir des parcelles saines dont les stades vont se mettre à galoper, et à l’inverse d’autres qui seront encore à l’arrêt, juge l’ingénieur d’Arvalis. On risque d’avoir un décalage de stades, qu’il va falloir traiter de manière complètement différente d’un point de vue technique ».
Cet excès d’eau souligne « l’urgence de mieux la stocker », plaide le syndicat Irrigant de France. La situation rappelle « avec force une réalité désormais structurelle : l’eau est de plus en plus abondante en hiver et de plus en plus rare en été », estime-t-il. Le Gouvernement a annoncé le 19 février « un premier déblocage immédiat de 13 projets hydrauliques » sur les 35 en cours d’instruction.
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